19 mai 2017

Voeux pour Sylvie Goulard




Paris  19 mai 2017
La nouvelle ministre des Armées fut une amie de l’AFEUR. Jeune diplomate affectée au Centre d’analyse et de prévision du Quai d’Orsay, elle me fit part à l’automne de 1994 de son désarroi devant les réactions négatives de ses collègues au mémorandum Lamers – Schaüble envisageant un « noyau dur » européen. Loin de mesurer l’intérêt de cette démarche avant le grand élargissement qui s'annonçait, le souci des collègues de Sylvie Goulard était de dresser la liste des objections à élever contre ce projet. En effet le gouvernement de cohabitation d’Edouard Balladur laissa sans réponse autre que de politesse cette initiative allemande.
Membre d’un gouvernement qui met au premier plan de ses objectifs la refondation de l’Europe, souhaitons que Sylvie Goulard qui fut une parlementaire européenne exemplaire contribue, dans sa fonction de ministre des Armées à donner à l’Union européenne la dimension politique et stratégique sans laquelle l'intégration économique et monétaire demeure fragile et incomplète.

16 mai 2017

Relance ou refondation;Trois ouvrages.




         Au moment où un nouveau chef d’Etat français entend contribuer à la refondation de l’Europe, il est intéressant de rapprocher trois ouvrages récemment publiés : Sauver l’Europe d’Hubert Védrine (Editions Liana Levi), pour quelques étoiles de plus de Jean-Dominique Giuliani (Lignes de repères) et Où va le monde ? (Odile Jacob) de Pascal Lamy et Nicole Gnesotto, avec Jean-Michel Baer. Les deux premiers se limitent à une centaine de pages, le troisième présente en 235 pages un tableau d’ensemble des principales questions de géopolitique de l’Europe et du monde. ( Voir ma note de lecture de décembre )  D’abord une pause destinée à prendre acte du mécontentement des peuples, ensuite une conférence refondatrice réunissant les Etats volontaires afin de dresser un bilan et de déterminer les domaines où serait évidente la valeur ajoutée européenne. Se référant à la formule delorienne de la fédération d’Etats-nations, Hubert Védrine fustige bien inutilement la petite cohorte des militants fédéralistes à qui il attribue curieusement une influence et une responsabilité qu’ils n’ont jamais eues. Il plaide pour une alliance de défense ouverte au Royaume-Uni en dépit du Brexit et pour un assainissement des finances publiques françaises condition d’une vraie entente avec l’Allemagne.
         Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce et Nicole Gnesotto présidente du conseil d’administration de l’Institut des hautes études de défense nationale sont de parfaits connaisseurs des crises qui secouent l’Europe et le monde, l’un plus économiste, plus rationnel, plus optimiste, l’autre plus orientée vers la géopolitique et fondant son pessimisme sur la conviction que les passions l’emportent sur la raison. Les deux premières parties traitent de l’état du monde. Elles se présentent sous la forme d’un dialogue. La troisième intitulée l’Europe au défi du monde est attribuable indistinctement aux trois auteurs. Affaiblie par le primat des intérêts nationaux sur l’intérêt commun, l’Union est incapable de  répondre efficacement aux défis qui s’accumulent, depuis la crise financière jusqu’au terrorisme, à l’impérialisme poutinien, à la crise migratoire, sans oublier le défi climatique et les troubles résultant des insuffisances d’harmonisation en matière fiscale et sociale. Un narratif nouveau, celui de l’Europe civilisant la mondialisation, suppose un retour au scénario suivant lequel l’intégration économique doit aboutir à l’existence politique de l’Europe.     
         Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, dans son opus sous-titré Quelle politique européenne pour la France ? approuve le projet de conférence refondatrice d’Hubert Védrine et plaide en faveur d’une politique européenne plus active de la France recourant aussi bien à la méthode intergouvernementale que communautaire. Politique de l’asile, répartition des réfugiés, soutien à l’investissement, renforcement de la zone euro par la mise en place d’un trésor et d’un budget, portabilité des droits, autant de sujets appelant un sursaut de volonté européenne. Le président de la Fondation Schuman se distingue par la vigueur de sa dénonciation de la tentative qu’il prête à François Hollande d’avoir tenté de contourner l’Allemagne par une coalition avec les pays du Sud, par une proposition d’harmoniser les taux français et allemands d’impôts sur les sociétés et par l’importance qu’il attache aux questions de défense. Sur ce dernier point, il préconise, en dépit du Brexit, la conclusion d’une alliance tripartite entre France, Allemagne et Royaume-Uni qui soit compatible et complémentaire de l’alliance atlantique mais sans lien juridique avec l’Union européenne.
         L’élection d’Emmanuel Macron venant après les craintes suscitées, notamment en Allemagne, par le programme de Marine Le Pen crée une fenêtre d’opportunité en faveur d’une relance / refondation conçue de manière à renforcer et à rendre plus visible le concours des politiques européennes au bien-être des citoyens. Retenons de Védrine la nécessité d’une clarification, de Giuliani celle d’une protection, de Gnesotto et Lamy celle d’un narratif nouveau. A la surprise de nombreux observateurs, l’engagement européen de Macron ne lui a nui en rien. Mieux encore, ce fut un élément de son succès sur une Marine Le Pen portant comme un boulet la sortie de l’euro.
         Pour peu que les nouveaux dirigeants français parviennent à mettre en œuvre leur programme de réformes et d’assainissement, la voie sera ouverte pour une nouvelle étape d’intégration dans le cadre de la zone euro. Sachons cependant que tout appel à la solidarité allemande suppose, de la part de la France, un sacrifice de souveraineté. Ce pourrait être l’occasion de progrès parallèles en matière de sécurité intérieure et extérieure car le processus d’union forme un tout indissociable, ce qui ne peut exclure des différenciations en fonction de la volonté et de la capacité de chacun.
         Gardons-nous cependant d’un excès d’optimisme. Le vote populiste est minoritaire mais n’a pas disparu en Autriche, aux Pays-Bas comme en France. De nouvelles déceptions lui donneraient de nouvelles chances. En revanche une Europe répondant aux aspirations des peuples retrouverait sa capacité de contribuer à réduire, par son exemple, les désordres du monde.           

25 avril 2017

Un répit



            
Platier, 25 avril

Ceux qui sont attachés au grand dessein européen ont ressenti, dimanche soir, un immense soulagement. Ne nous leurrons pas. Le candidat arrivé en tête l’a emporté non pas à cause mais en dépit de son engagement pour l’Europe. Ce succès n’est qu’un répit. Le consolider dans la durée suppose un double effort des dirigeants de l’UE, d’autant plus difficile, et hélas improbable, qu’il ne bénéficierait pas, au moins au départ, du soutien des peuples. Double effort car il devrait porter à la fois sur le contenu et la présentation des politiques, la présentation ayant autant d’importance que le contenu.
Les politiques d’abord. Il s’agit de combiner disciplines et solidarité quitte à passer par des affrontements qui seraient préférables à la présente atonie. Les réformes imposées aux pays du Sud devraient être accompagnées d’un effort collectif portant à la fois sur l’investissement et la recherche et sur la prise en charge des victimes de la mondialisation. Les instruments existent, notamment le fonds d’adaptation à la mondialisation, à la création duquel je ne suis pas étranger,  mais sont sous-dotés. Sans un budget alimenté par de vraies ressources propres, l’avenir de la zone euro demeure incertain. La solidarité dans le cadre des Vingt-sept qui se manifeste à travers les fonds structurels devrait être conditionnelle. Les Etats se refusant à respecter les règles communes, par exemple l’accueil des réfugiés demandeurs d’asile, ou s’écartant des normes définissant l’Etat de droit, devraient subir les conséquences d’un comportement contraire aux exigences découlant des traités.  
La présentation des politiques. Il serait vain de prétendre relancer l’Union ou la refonder si devaient se poursuivre des pratiques qui ont conduit, en parallèle avec l’insuffisance des politiques, à rendre l’Europe impopulaire. Deux exemples. La mise en cause récurrente des directives ayant pour objet la protection des consommateurs, de la santé ou de l’environnement tend à occulter la contribution de la législation européenne à une qualité de vie sans égale dans le monde. On oublie de préciser que les abus technocratiques, les exigences tatillonnes proviennent le plus souvent d’interprétations abusives des bureaucrates nationaux. Autre exemple, le dumping social auquel donne lieu la règlementation relative aux travailleurs détachés provient, pour une large part, de fraudes que les Etats, la France notamment, négligent ou ne se donnent pas les moyens de réprimer. L’intégration européenne est une entreprise difficile. Confrontée à de multiples crises, elle va à l’encontre d’un sentiment populaire de méfiance qui offre un terrain propice à toutes les démagogies. Défendre l’Union, illustrer ses bienfaits, reconnaître et corriger ses erreurs et ses échecs, devraient être en tête de l’agenda des institutions. La citoyenneté européenne a été proclamée. Il reste à l’enseigner et à l’illustrer en montrant comment elle complète et enrichit les citoyennetés nationales. Comme le disait Cavour à propos de l’Italie,  nous avons fait l’Europe, il reste à faire des Européens.